Edito

Dimanche 3 décembre 2017 – 1er dimanche de l’Avent (B)

Ne nous soumets pas à la traduction !

Ce dimanche commence une nouvelle année liturgique. Sa nouveauté sera d’autant plus marquée que nous adopterons une nouvelle traduction du Notre Père. En réalité, une seule des demandes change : à la place de « ne nous soumets pas à la tentation », nous dirons désormais « ne nous laisse pas entrer en tentation ».

« Ne nous soumets pas à la tentation » avait été adopté à la suite du Concile Vatican II. Ce qui avait prévalu, c’est une traduction du Notre Père commune à tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes et protestants. Le baptême a fait de nous les enfants d’un même Père, l’unité à laquelle nous travaillons est un témoignage nécessaire de la vérité de notre foi. Cependant, cette traduction pourrait laisser penser que Dieu nous tente comme le diable nous tente. Soumettre à la tentation, ce serait déjà y faire succomber. Autrement dit, loin d’être un Père qui rassemble, il nous éprouverait au-delà de nos forces. « Ne nous laisse pas entrer en tentation » veut remédier à cette difficulté.

Cette traduction est sans doute plus proche du texte grec, langue dans laquelle les Evangiles furent écrits. Mais le texte grec est déjà une traduction. Sans doute Jésus connaissait cette langue, mais il utilisait plus vraisemblablement l’araméen, voire l’hébreu, en particulier dans la liturgie. Ce qui veut dire que toute version dans nos langues est par rapport à l’origine une traduction de traduction. Est-ce à dire que nous risquons de perdre le contact avec la parole vive de Jésus ? Non car la traduction n’est pas qu’une affaire de lettre, elle est aussi et d’abord affaire d’Esprit : « La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit que celui qui la fit rédiger » (Constitution Dei Verbum 12).

Par exemple, il ne faudrait pas que cette nouvelle traduction élimine l’idée que Dieu puisse nous éprouver. Quel éducateur ignore que l’épreuve fait partie de l’éducation, à la fois pour mesurer notre apprentissage et développer nos compétences ? Dieu peut nous éprouver pour vérifier la qualité de notre foi (1P 1,7). Mais avec l’épreuve, il donne aussi le moyen d’en sortir et la force de la supporter (1Co 10,13). Sinon, ce ne serait pas un Père ! Ainsi si Jésus a bien été tenté par le diable, c’est l’Esprit qui l’a poussé à cette confrontation (Mc 1,12-13). Et l’Esprit était avec lui pour qu’il réussisse l’épreuve haut la main, attestant ainsi sa filiation divine. En priant ce dimanche notre Père de ne pas nous laisser errer hors de ses chemins (1ère lecture – Is 63,17), nous demandons son Esprit pour être, dans le Christ et avec lui, vainqueur de la tentation.

Père Michel Gueguen, curé