Edito

Vous avez dit Denier ?

Dimanche 8 octobre 2017, 27ème semaine du Temps ordinaire (A)

A Paris, 10% des catholiques participeraient au denier de l’Eglise. Même s’il faut toujours prendre avec précaution des sondages – on sait par exemple que le terme de catholique dans une enquête d’opinions est un peu élastique – on peut raisonnablement penser qu’il y a une marge de progression. Aussi le diocèse a organisé une enquête dans laquelle cette question était posée : « selon vous, quelle raison principale empêche des pratiquants occasionnels de donner au denier ? » Cette fois, on s’adressait à des pratiquants réguliers et l’échantillon était consistant : environ 6000 personnes. Voici les réponses qui ont été données : 36% ont d’autres priorités de dons ; 29% ne savent pas à quoi ça sert ; pour 14%, l’Eglise est riche ; 11% n’ont jamais été sollicités ; 8% n’ont jamais entendu parler du denier ; 2% enfin n’ont pas répondu. Permettez que je commente ces résultats.

Avoir d’autres priorités de dons est tout à fait légitime. Cela dit, ce n’est pas la même chose de donner à une association qui fait appel à la générosité. Le denier n’est pas un acte de charité, mais une responsabilité à laquelle sont invités tous les baptisés. Autrement dit, il participe du témoignage de la foi.

Puisqu’un tiers ne sait pas à quoi ça sert, il faut donc rappeler que le denier a trois principales utilisations : faire vivre les prêtres et rémunérer des laïcs qui sont quotidiennement au service de la pastorale ; couvrir les frais induits par l’animation spirituelle de la vie paroissiale (préparations au baptême, mariage, accompagnement de personnes en deuil, de personnes isolées, de couples…) ; assumer les dépenses d’entretien et d’aménagement de l’église et des locaux paroissiaux (chauffage, lumière…). On pourrait ajouter qu’à Paris le denier sert aussi à aider les quelques 40 paroisses qui ont un résultat courant négatif, ainsi que 20 autres au titre de la contribution volontaire de solidarité.

L’Eglise est riche… Que dire ? On ne viendra jamais à bout d’un poncif qui réussira toujours à dénicher dans l’histoire un bon exemple. Mais aujourd’hui l’Eglise n’est pas plus riche que ceux qui la fréquentent et, ne recevant en France ni subside de l’Etat, ni du Vatican, elle ne vit que des dons de ses fidèles. Elle doit être ouverte à tous, accueillir sans considération d’argent ou de statut social. Les prêtres, quelle que soit leur responsabilité, sont rémunérés à la même hauteur en France, c’est-à-dire environ le SMIC.

Pour ceux qui, parmi vous, n’auraient pas encore été sollicités, qu’ils n’hésitent pas à se faire connaître. Je me ferai un plaisir de les renseigner.

Enfin s’il y en a parmi vous qui n’ont jamais entendu parler du denier, j’espère que cet édito comblera ce manque ; en tout cas, pour ceux qui voudront bien le lire. Il est vrai que le terme de denier est désuet. Mais il appartient à l’évangile, comme celui de dîme d’ailleurs. Mais dîme signifie 10% de ses revenus, tandis que le denier est plus modeste : l’Eglise propose 1 à 2%. Le terme de denier a l’avantage de le distinguer : d’un acte de charité, je l’ai déjà dit, mais aussi d’un impôt. C’est une offrande volontaire qui manifeste votre estime de l’Eglise et son action. Par exemple, je ne vous poursuivrai pas si d’aventure mon édito ne vous a pas convaincu.

En tout cas, tous ceux qui ont l’habitude de donner n’entrent pas dans ces statistiques ; ni non plus ceux qui en auraient le désir, mais pas les moyens. A ceux-là, je voudrais adresser un chaleureux merci. Car sans vous, il n’y aurait pas d’Eglise.

Père Michel Gueguen, curé