Edito

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Dimanche 30 octobre 2016
30ème dimanche du Temps Ordinaire (C)

Tous Saints, c’est possible

La Toussaint est une fête magnifique mais redoutable. Elle célèbre Dieu qui diffuse Sa Sainteté dans la vie d’innombrables visages, inconnus de nous, mais connus de Dieu. Fête magnifique, mais qui effraie. Celui qui s’est déjà mis en chemin vers la sainteté, prend conscience de la difficulté de devenir un saint, de l’énorme distance à parcourir. La tentation d’abandonner, de baisser les bras peut nous assaillir. Redoutable tentation car subtile.

Les saints eux-mêmes ont vécu cette épreuve. « J’ai toujours désiré d’être une sainte, mais hélas, j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé aux pieds des passants ». Thérèse de l’Enfant Jésus a ressenti l’écart entre le désir de la sainteté et sa propre pauvreté, écart amplifié par la comparaison avec les saints… Non, je ne suis pas à la hauteur, la sainteté, c’est pour les autres.

Mais Thérèse continue sa phrase : « … Au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ». Génie de Thérèse qui prend Dieu au mot. Dieu ne peut pas nous faire désirer quelque chose d’inaccessible. Le Christ ne peut pas nous mentir et nous tromper : il y a forcément un chemin possible, ou alors Dieu n’est pas Dieu. Et mieux vaut rentrer chez soi ! Thérèse pose ici un acte de foi ; il ne s’agit pas de comprendre comment ce chemin est possible (cela, elle le découvrira après, dans sa petite voie) mais de croire que c’est possible. C’est l’option de la confiance, cet acte de foi qui traverse l’écart entre le désir et la médiocrité de sa réalisation, entre ce que nous attendons et ce que nous sommes.

Finalement, le Seigneur nous demande de croire et d’espérer notre propre sainteté : pas celle que nous imaginons, mais celle que Dieu veut nous donner. Celle qui se diffusera peu à peu dans notre fidélité quotidienne, celle qui grandira à travers les épreuves purifiant nos désirs, celle qui nous rendra semblables à celui que nous attendons. L’acte de croire et d’espérer est la manière dont nous laissons l’Esprit Saint agir en nous et nous sanctifier. Le Père Jacques de Jésus le souligne : « La seule différence entre les âmes vient de ce que c’est l’âme qui arrête elle-même le développement spirituel en elle. (…) Mais tant que l’âme ne dit pas non à Dieu, tant qu’elle avance à travers les difficultés, malgré la sécheresse, malgré les obstacles, Dieu, toujours, lui donne ce qui est nécessaire pour qu’elle avance plus loin ».

Puisque nous ne redoutons plus cette magnifique fête, tournons-nous vers nos frères et soeurs du ciel ; faisons jouer à notre profit la communion des saints pour qu’ils nous entraînent dans leur course vers la vie qui ne finit pas. C’est à ce prix que notre vie sera belle.

Père Antoine d’Augustin, vicaire

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