Edito du 23 octobre

Edito du 23 octobre

Dimanche 23 octobre 2016
30ème dimanche du Temps Ordinaire (C)

Le pharisien et le publicain

Dans la parabole du pharisien et du publicain, nous mettons souvent en avant l’orgueil du pharisien et l’humilité du publicain. Ce sont là des éléments essentiels. Mais nous ne voyons pas assez un autre élément essentiel : La fraternité. Le pharisien, en se déclarant supérieur au publicain, se met à part de lui. C’est un raisonnement en « nous contre eux ». Un tel raisonnement brise la fraternité, l’autre n’est plus vu que comme un ennemi, voir un problème social à résoudre. Dans ses formes extrêmes, ce raisonnement conduit aux grands totalitarismes. Au contraire, en se reconnaissant pécheur lui aussi, comme les autres, et en particulier comme pharisien, le publicain conserve la fraternité. Il reconnaît qu’il appartient à la même communauté, ultimement à la même humanité que le pharisien. C’est aussi en cela que nous devons l’imiter. Ces temps-ci, à nouveau, le catholicisme est maltraité en France. Le monde qui nous entoure continue à saccager la famille toujours un peu plus, on veut nous priver du droit de nous exprimer sur l’avortement, Mme Le Pen propose d’interdire les signes religieux dans la rue pour toutes les religions. Plus largement, comme beaucoup d’autres, nous pouvons avoir été déçus par la classe politique, et ne plus croire dans la possibilité d’une action commune. Nous pouvons alors être tentés par la réaction du pharisien : le « nous » contre « eux », nous opposer comme la communauté des purs contre la masse des damnés. Cette attitude serait suicidaire. La France, à laquelle nous appartenons, et dont nous sommes responsables comme tous les Français a spécialement besoin d’unité, la diviser encore un peu plus serait un crime. D’un point de vue chrétien, nous prendre pour la caste des purs rend toute évangélisation impossible. Nous ne pouvons évangéliser que des frères. Il n’est pas question de céder sur nos convictions, de nous laisser enfermer dans une laïcité de combat qui nous rejette. Mais nous devons demander au Christ la grâce de regarder ceux qui nous rejette, comme des frères. Comme le publicain, nous devons nous souvenir que nous sommes aussi pécheurs que les autres. Les crimes des prêtres pédophiles nous l’ont tragiquement rappelé. Plus encore, saint Augustin affirmait avec force que lorsque je fais le bien, c’est parce que la miséricorde de Dieu s’est encore plus déployée en moi pour me protéger. Nos actes bons, qu’il n’est pas question de nier, nous rendent plus redevables encore envers la miséricorde. Enfin, au moment même où nous nous l’avons crucifié, Jésus nous a regardés comme des frères et a prié pour nous. Maintenir une vraie fraternité avec ceux qui nous rejettent sera notre vraie victoire, que seule la grâce du Christ peut nous donner.

Père Matthieu Villemot, vicaire

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