Billet théologique

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Le nom de Dieu est miséricorde

Le nom de Dieu est une notion biblique fondamentale, un fil rouge qui permet de suivre les différentes étapes de la révélation.

Un nom n’est pas une notion, mais une désignation en vue d’une relation. Connaître le nom de quelqu’un, c’est pouvoir l’appeler, attirer son attention. Donner son nom, ce n’est pas seulement répondre à une question, c’est autoriser un lien, voire inviter à une relation personnelle.

Dans l’épisode célèbre du buisson ardent (Ex 3), Moïse rencontre Dieu pour la première fois. Le connaît-il ? À ce moment de son histoire, Moïse n’est qu’« un immigré en terre étrangère » (Ex 2, 22), gendre d’un prêtre païen auprès duquel il a trouvé refuge. Autrefois prince d’Égypte, un choix malheureux lui a fait tout perdre, de son statut égyptien comme de son origine hébraïque. Dieu vient à sa rencontre pour lui proposer une mission, celle de faire sortir les Israélites d’Égypte. Celle-ci lui confèrera un nom. Moïse demande des gages, le premier est le nom de son commanditaire.

Son nom est mystérieux : « Je suis qui je suis », selon l’original hébraïque, YHWH dans sa forme condensée de tétragramme. Cela sonne comme une fin de non recevoir, mais en réalité c’est un nom. Il n’enferme pas Dieu dans une définition, mais il permet de l’appeler. C’est bien le « Dieu des pères », c’est-à-dire Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, et ce rapprochement permet de supporter le mystère comme il marque un progrès dans la révélation : « Mon nom de YHWH, je ne leur (les pères) ai pas fait connaître ». C’est maintenant le moment : Dieu pointe la sortie d’Égypte, l’alliance avec Israël, la traversée du désert jusqu’à la terre promise comme autant d’étapes qui l’identifieront comme YHWH (cf. Ex 6, 2-9). Pour autant, c’est une autre expérience qui se révèlera décisive, celle du péché et de la réponse que Dieu lui apporte.

Nous sommes au chapitre 32 de l’Exode, Dieu a conclu une alliance avec Israël, qui fait de lui son peuple de choix. Moïse est remonté sur la montagne pour recevoir de Dieu les tables de pierre écrites de sa main. Sur la montagne, Dieu révèle à Moïse son intention de demeurer au milieu de son peuple. Le « colloque » dure 40 jours et 40 nuits ! En bas, Israël s’impatiente et presse Aaron, frère de Moïse, de lui faire un dieu. C’est un veau, et la « fête » qu’on lui célèbre exprime la déchéance. Comment YHWH va-t-il réagir ? Selon toute logique, il devrait exterminer ce « peuple à la nuque raide », l’abandonner à son propre sort dans le désert. Mais sa colère n’a d’autre but que de susciter l’intercession de Moïse. S’appuyant sur la relation qu’il a avec Dieu – « si j’ai trouvé grâce à tes yeux » (Ex 33,13), Moïse obtient de lui qu’il pardonne à Israël, qu’il reprenne son projet de le conduire vers la terre promise, qu’il habite au sein de ce peuple. Ca ne se fera pas sans sanction et sans repentir, sans mise en place non plus d’une « procédure » pour le pardon des péchés (le culte). Mais Moïse obtiendra au final que Dieu renouvelle l’alliance brisée par le péché.

Le nom de Dieu en est profondément enrichi. Dieu lui-même va désormais se nommer ainsi : « YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour ; qui garde sa grâce à des milliers, tolère, faute, transgression et péché, mais ne laisse rien d’impuni et châtie les fautes des pères sur les enfants et les petits enfants jusqu’à la 3ème et 4ème génération » (Ex 34, 7). Son nom porte désormais la marque de la miséricorde. D’alliance brisée en alliance renouvelée, celle-ci acquerra toujours plus de poids jusqu’à s’identifier complètement à ce nom, comme l’annoncera Jérémie (Jr 31, 31-34) et le réalisera le Christ.

Père Michel Gueguen

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