Choisir la vie – Fruit de la Miséricorde

Choisir la vie - Fruit de la Miséricorde

Décidément, le pape François ne se lasse pas de vouloir faire découvrir et faire goûter au monde l’immense amour de Dieu pour les hommes. Du 8 décembre 2015, ouverture de la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre de Rome au 20 novembre 2016, l’Église célèbre une Année Sainte extraordinaire : le « Jubilé de la miséricorde ». Ce jubilé offre à chacun l’occasion privilégiée de demander et recevoir le pardon de Dieu, et d’expérimenter ainsi la paix et la joie qui en résultent. Le pape François insiste sur l’ouverture à tous, sans discrimination, de ce don gratuit de la grâce de Dieu, avec une attention toute particulière aux femmes qui n’ont pas pu choisir de laisser la vie grandir en elles…

« Dieu ne se fatigue jamais

L’écologie humaine est tributaire de la science qui a pour objet les relations des êtres vivants avec l’environnement. C’est la sphère de l’écologie associée à l’histoire de l’espèce homo sapiens, de ses déplacements et lieux de vie géographiques ainsi qu’à celle de l’être humain contemporain. En quoi, nous, les hommes, sommes-nous concernés à chaque minute de notre vie par ce problème de l’environnement ? C’est la question à laquelle répondent Tugdual Derville, fondateur de « À Bras Ouverts », délégué général d’Alliance Vita, Pierre-Yves Gomez, économiste, directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises/EM Lyon et Gilles Hériard Dubreuil, spécialiste de la gouvernance des risques technologiques, président du Fonds pour la culture démocratique. Ils ont publié un manifeste pour une écologie humaine dont nous publions des extraits.

Domaines en danger

Le réchauffement climatique : Les changements climatiques sont un problème global qui a de graves implications écologiques, économiques et politiques. Ils sont un des plus grands défis de l’humanité. Ce sont les pays en voie de développement qui en supporteront les conséquences les plus graves dans les prochaines décennies…

L’eau : L’eau potable représente une question de première importance. Elle est fondamentale pour la vie humaine et pour les écosystèmes terrestres et aquatiques. Alors que la qualité de l’eau disponible diminue constamment, dans certains lieux la tendance est de privatiser cette ressource et de la soumettre à la loi du marché. L’accès à l’eau potable est un droit humain fondamental et universel.

La pollution : Il existe des formes de pollution qui touchent quotidiennement les personnes. L’exposition aux pollutions atmosphériques produit des effets sur la santé, en particulier pour les plus pauvres. La terre, notre maison commune, semble se transformer en une décharge d’ordures.

Les ressources : Les ressources de la terre sont pillées à cause d’une façon d’entendre l’économie comme une recherche de résultats immédiats. Chaque année des milliers d’espèces végétales et animales disparaissent à cause de l’activité humaine…

Un mouvement historique

Un grand mouvement, historique, est en train de naître, traduisant un questionnement massif, en rupture avec la pensée dominante : que sommes-nous en train de faire de l’humanité ? Cette remise en cause s’est cristallisée autour du projet de loi dit du « mariage pour tous ». Elle concerne le sort de l’être humain dans la société contemporaine. Est-il un simple objet d’expérimentations techniques, sociales, économiques ou médicales ou est-il la mesure de toute chose pour laquelle doit s’organiser la société ?

Dès lors que l’homme n’est qu’un matériau, il est utilisé au nom de l’amélioration de la performance économique ou biologique pourvu que cela comble certains désirs ; le Parlement légifère sur la nature humaine au gré de groupes d’intérêts ou de théories qu’on nommera « sens de l’Histoire » ; les entreprises considèrent l’être humain comme une variable d’ajustement de l’efficacité ; les politiques environnementales en viennent à protéger la nature au détriment de l’homme. C’est, aujourd’hui, la nature de l’homme qui est attaquée.

Il y a près d’un demi-siècle, l’écologie a émergé comme l’alternative au tout économique et à la mécanisation effrénée. Elle a donné l’espoir d’une société différente, plus respectueuse de la nature. Mais le statut de l’homme dans cette écologie est resté ambigu. Le temps est venu de reconnaître que l’essence de l’homme et son humanité constituent un précieux patrimoine intergénérationnel. Accueillir ce patrimoine avec émerveillement, en prendre soin et le transmettre fait partie intégrante de l’écologie humaine. L’homme est la seule mesure !

Bertrand Schneider

« Toute personne à le légitime désir politique de participer à l’édification de la société »
Tugdual Derville, courant Pour une écologie humaine
« Tout part de la famille, rampe de lancement vers la liberté. Chaque personne naît d’abord d’une interdépendance dans l’engendrement, puis se déploie, jusqu’à prendre sa place, unique, dans la société. C’est le parti pris de l’anthropologie du Courant pour une écologie humaine : une société n’est pas une collection d’individus subissant des normes nationales ou supranationales, mais elle est constituée de personnes interdépendantes dans leur environnement personnel, géographique, d’activité ou de métier. Toute personne a le légitime désir politique de participer à l’édification de la société. »

Humble lettre ouverte à l’homme gérant de la Création

Laudato si : un Pape qui parle de la Terre l’appelant la « Maison commune » ? Mais cela me concerne ! Qui suis-je ? L’encyclique médite sur un sujet que je vis par l’autre bout de la chaîne et je me trouve bien placée pour dire mon mot sur l’écologie humaine. Malgré mon « insignifiance », dès les premières pages je me suis sentie en osmose avec lui : « un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ».

L’humanité, depuis qu’elle a quitté l’ère agricole, n’arrive pas à maîtriser ses « déchets » alors que la nature l’a toujours fait. Comme mon poids serait léger si l’on comprenait ce message du pape : « Il faudra inviter les croyants à être cohérents avec leur propre foi et à ne pas la contredire par leurs actions ; il faudra leur demander de s’ouvrir de nouveau à la grâce de Dieu et de puiser au plus profond de leurs propres convictions sur l’amour, la justice et la paix. Si une mauvaise compréhension de nos propres principes nous a parfois conduits à justifier le mauvais traitement de la nature, la domination despotique de l’être humain sur la création (…), nous, les croyants, nous pouvons reconnaître que nous avons alors été infidèles au trésor de sagesse que nous devions garder » !

Hier la Création, confiée à l’homme, lui donnait tous ses atouts pour qu’il la fasse fructifier. À ce jour, Homo Sapiens est dans le pétrin avec son « toujours plus ». À peine a-t-il découvert l’hygiène, qu’il élabore des technologies toujours plus innovantes persuadé que sa liberté est sans limites. Mais se soucie-t-il encore de la nature ? Ne voit-il pas que « la rapidité des actions humaines contraste avec la lenteur naturelle de l’évolution biologique ». Moi, je le vois tous les jours car je concentre vos déchets.

Alors qui suis-je ?

Je suis née le 24 novembre 1883. Je devrais dire nées au pluriel, car je n’étais pas seule : nous étions trois. Trois récipients pour distinguer les ordures – eh oui ! Ce n’est pas le XXIe siècle qui a inventé le tri sélectif – issus de l’imagination d’un certain Eugène-René Poubelle. Est-ce ce qui valut à notre normand de père d’être nommé ambassadeur au Vatican ? Il y connut Léon XIII, l’initiateur de la doctrine sociale de l’Église dont s’inspire François. En tout cas, ce coup d’éclat mérita une rue, certes la plus petite (nous sommes modestes), mais pas n’importe où : dans votre arrondissement tout de même !

Destinées aux caves d’immeuble, nous nous sommes peu à peu habituées à la lumière, adoptant toutes les couleurs et tous les styles. Mais s’il arrive qu’en périscope « design », nous sollicitions votre geste pour la planète, nous nous sommes multipliées et nous avons grossi à la mesure de vos envies et de votre tendance à tout salir. Aussi nous voudrions vous demander une faveur : aidez-nous à faire une cure d’amaigrissement drastique. Vous iriez dans le sens de notre Pape : « Passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer. C’est une manière d’aimer, de passer progressivement de ce que je veux à ce dont le monde de Dieu a besoin. C’est la libération de la peur, de l’avidité, de la dépendance ». Alors gardez-vous de nous gaver vous aurez plus d’espace pour faire grandir votre charité ! z

Propos recueillis par Hervé Letellier

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