Dieu ne compte pas

Dimanche 18 septembre 2022 – 25ème semaine du Temps Ordinaire (année C)

 S’il y a un évangile où l’argent tient une place importante, et même très importante, c’est bien celui de saint Luc. Même si l’auteur du troisième évangile ironise sur les pharisiens « qui sont amis de l’argent », il n’empêche qu’en en parlant autant, on se demande si Luc lui-même n’était pas un peu pharisien ! Prenons un exemple concret : l’homme riche. Chez saint Luc, les hommes riches se bousculent au portillon : il y a celui de dimanche qui avait un intendant malhonnête, celui qui ne voit pas le pauvre Lazare à la porte de sa maison, l’homme qui demandait à Jésus ce qu’il fallait faire pour avoir la vie éternelle, et bien sûr, l’inoubliable Zachée. Mais chez saint Marc et saint Jean, aucun homme riche, et chez saint Matthieu, on ne voit que Joseph d’Arimathie qui alla réclamer le corps de Jésus chez Pilate après sa mort. 

Si saint Luc parle autant d’argent et de richesses, c’est parce qu’il connaît ses lecteurs, c’est-à-dire nous. Le monde de Jésus n’était pas très différent du nôtre sur ce plan là : quand on nous parle d’argent pour nous faire passer un message, on comprend mieux. En effet, le plus grand intérêt de l’argent, pour ne pas dire le seul, c’est qu’il peut être compté. Un objet, un service, voire l’amour malheureusement, tout s’achète et tout peut être comptabilisé. Même si tout le monde n’est pas riche, et si tout le monde ne peut pas tout acheter, tout le monde compte l’argent, et particulièrement le sien. 

Cette évidence, Saint Luc s’en est servi pour nous faire comprendre une catéchèse de Jésus qui a dû le marquer : l’homme compte, et Dieu ne compte pas. Et particulièrement, si Dieu ne compte pas une chose, c’est sa miséricorde. C’est pour cette raison que saint Luc a placé les paraboles sur l’argent, juste après les paraboles sur la miséricorde que nous avons entendues la semaine dernière. 

Par les paraboles sur l’argent et par les amis riches que Jésus se fait au cours de sa montée à Jérusalem pour y vivre sa passion, il nous enseigne qu’au-delà de notre condition financière, ce qui importe le plus ce sont les moyens de nous sortir de la logique comptable dans laquelle nous sommes tous pour entrer dans la voie de la sainteté. Et ironie du sort, pour y parvenir, Jésus nous demande de nous asseoir et de …calculer ! 

Père Sébastien Sorgues, vicaire

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