Edito

Dimanche 27 octobre 2019 – 30ème dimanche du temps ordinaire (C)

D’où vient la prière ?

Depuis la nuit des temps, l’homme est aux prises avec des forces qui le dominent et qu’il redoute. Souvent, il est dépassé par ce qu’il vit en lui et autour de lui. Il en souffre et le sens même de la souffrance lui échappe. Il a besoin d’apprivoiser ces puissances, afin de mener sa barque au mieux et à bon port. Pour cela, sa religiosité naturelle lui suggère de les nommer et, pouvant les invoquer, les rendre propices à ses besoins vitaux.

Il choisit donc des attitudes, des rites et des lieux adaptés. Il s’agit d’établir un lien avec l’invisible car, pour beaucoup, ces divinités se cachent derrière les phénomènes qui les montrent à l’œuvre. Il imagine ces divinités animées de passions semblables aux siennes. S’il veut qu’elles s’intéressent à lui, le mortel doit les solliciter par des riches cadeaux et des arguments flatteurs. Parfois même, par des immolations cruelles.

Mais voici que la Tradition judéo-chrétienne annonce le « Dieu vivant et vrai », Créateur et Sauveur de l’univers, qui a pris l’initiative de se révéler à l’humanité tout entière à travers l’histoire qu’Il fait avec Israël et l’Eglise. « Je suis Celui qui est ». On le verra donc dans l’ici-et-maintenant de son action qui privilégie le pauvre et l’humilié ; car Il est capable, Lui, d’assumer l’humiliation et la misère de sa créature. Nous précédant dans l’épreuve, Il ne nous juge pas sur le ouï-dire. Et quand il s’agit de pardonner, Il laisse frémir ses « entrailles de miséricorde ».

C’est ainsi que l’histoire d’Israël est émaillée de Psaumes, 150 dans le livre qui les rassemble. Ils ont été, rappelons-le, la prière personnelle du Christ et, par conséquent, ils sont celle de son Eglise ; laquelle, pendant les nombreux siècles où ils étaient relégués dans les monastères, couvents et presbytères, les a vulgarisés par quinze Mystères du Rosaire et donc par 150 ‘Je vous salue Marie’.

La ‘Liturgie des heures’ qui les contient est considérée comme l »Officium’, le travail propre des prêtres et religieux, mais aussi de tout chrétien. Car l’Eglise ne peut évangéliser sans prier. Ce sont les deux poumons qui la font vivre. Mais la prière déborde largement le contenu du psautier. Elle est l’affaire de chaque instant et de toute situation, car elle doit nous mener à la bénédiction et à la louange intarissables, qui tissent déjà la Vie Eternelle.

Dès l’initiation chrétienne de l’Eglise primitive, on apprenait la prière aux catéchumènes par certains passages de l’Evangile : l’aveugle de Jéricho, le Pharisien et le publicain, la veuve insistante, les trois armes du Carême aumône-prière-jeûne, l’ami importun, celle de Pierre à Jésus qui marche sur les eaux et, enfin, l’agonie ou combat de Jésus à Gethsémani.

En ce « mois missionnaire » qui conduit à la Toussaint, il est bon de se laisser emporter par la vague des intercessions et d’y plonger à notre tour, pour notre propre bien et pour celui de l’Eglise au profit du monde. Eh bien, comme on dit, union de prière !

Père Ippolito Zandonella, vicaire