Edito

Dimanche 27 décembre – Sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph (Année B)

Famille parfaite… ou sainte famille ?

Voici le temps des voeux, belle occasion pour donner à ses proches et ses amis des nouvelles de sa famille. J’aime recevoir ces photos où l’on voit, année après année, les enfants passer à l’âge adulte et les parents devenir grands-parents. Mais l’exercice tourne parfois à la réclame publicitaire, comme s’il s’agissait d’offrir l’image de la famille idéale et de montrer, comme le chante Brel, « que tout va bien, que poussent les enfants, et le houblon et le blé dans le pré » (1) : les parents sont forcément très épanouis, l’aîné a décroché un travail extraordinaire qui le fait beaucoup voyager, la seconde a réussi tel concours prestigieux et le petit dernier (qui a sauté une classe) est champion de tennis du seizième (nord). Bref, la peinture est parfaite, maîtrisée au détail près, comme une publication sur un réseau social. Peinture parfaite, certes, mais d’une famille imaginaire. Car une famille réelle est faite de soucis professionnels ou financiers, d’incompréhensions et de blessures mutuelles, de maladies et de handicaps, de divisions (à l’occasion d’un héritage), d’étapes plus difficiles pour tel enfant ou tel parent âgé, d’épreuves pour accueillir la vie ou de décès dramatiques. 

La Bible ne nous montre d’ailleurs aucune famille parfaite. Toutes empruntent des chemins tortueux, depuis les difficultés familiales de la descendance d’Abraham – source inépuisable d’inspiration pour les psychanalystes – jusqu’à la Sainte Famille que nous fêtons aujourd’hui : naissance compliquée, exil contraint avec un nourrisson, douleurs de l’incompréhension mutuelle lors du recouvrement au Temple et drame de la mort du Fils unique. Mais ce que montre surtout la Bible, c’est ce que produit la visite de Dieu dans une famille qui l’accueille : réconciliation de Jacob et Ésaü, pardon de Joseph à ses frères, naissances inespérées, d’Isaac à Jean-Baptiste en passant par Samuel, écoute patiente de Marie, fidèle jusqu’à la croix à l’être de son Fils, ou encore feu missionnaire de Priscille et Aquila, qui annoncent le Christ en couple. Une famille chrétienne n’est pas une famille parfaite, mais une famille qui accueille le réel comme il est, sûre que le Seigneur l’attend là et qu’Il lui donnera, par sa grâce, d’en faire une occasion d’aimer et de porter un fruit abondant. 

Que nos familles ne cherchent donc pas à être ce qu’elles ne sont pas, mais s’ouvrent avec audace à l’oeuvre de l’Esprit Saint. Elles pourront alors témoigner, au lieu même de leurs difficultés, de la puissance de la miséricorde. 

Père Augustin Bourgue, vicaire

(1) Les flamandes (1959) dresse le portrait sans concession d’une vie entière ordonnée au paraître social.