Edito

Dimanche 30 juin 2019 – 13ème dimanche du temps ordinaire (Année C)

« Frères, vous avez été appelés à la liberté ! » Ga 5, 13

Notre époque magnifie la liberté, elle l’exalte. Et elle a raison ! La liberté est un trésor, une dimension essentielle de notre ressemblance au Créateur. Mais dans son enthousiasme pour la liberté, notre époque en a fait un graal, un but en soi, le seul qui vaille : « que rien, ni personne, ne s’oppose à ma volonté et je deviendrai ce que je veux devenir ! ». Pourtant, au coeur des mêmes hommes, demeure un doute profond sur la réalité de l’objet de leur quête. La psychologie, la sociologie, les neurosciences et les maîtres de « l’intelligence artificielle » enseignent en effet – lorsqu’ils absolutisent leur point de vue – l’inconsistance de la liberté. Elle n’est qu’un concept vide, un hochet qui occupe opportunément l’homme alors qu’il est conduit par ses déterminismes biologiques, psychologiques et sociaux… Époque paradoxale qui fait de la liberté le seul but valable de toute vie et de toute politique, tout en niant sa réalité !

En vérité si la liberté est pure autonomie, complète indépendance, alors effectivement… elle n’existe pas. Nul d’entre nous ne s’est fait lui-même. Nous n’avons choisi ni notre lieu de naissance, ni notre famille, notre corps ou notre langue maternelle, qui conditionnent bien notre existence. Tâcher d’y échapper, vouloir que cela n’ait jamais existé, est illusoire. Il ne s’agit pas de nier nos dépendances mais de les recevoir, pour se construire. C’est là où nous sommes, dans les conditions concrètes de notre vie (physique, psychique, familiale, sociale, professionnelle), que le Christ vient nous rencontrer et nous ouvrir un chemin de liberté. Ce chemin commence par la reconnaissance de ce que j’ai reçu et de ce que je ne cesse de recevoir de Dieu et des autres. Oui, nous sommes depuis notre conception des êtres en relation, en dépendance réciproque, et cette bienheureuse dépendance est un indice discret de la finalité profonde de notre liberté : nous sommes créés pour offrir librement une réponse d’amour. Le Christ nous libère de notre égoïsme, de nos illusions sur nous-même et de nos rêves orgueilleux de pure autonomie, pour nous apprendre à nous recevoir du Père et à librement nous donner par amour. Comme le dit si bien Saint Paul : « Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour notre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres » (Ga 5, 13).

Père Augustin Bourgue, vicaire