Dimanche 7 novembre 2021 – 32ème dimanche du temps ordinaire (Année B)

La terre en héritage

Derrière la notion habituelle d’héritage, il y a l’idée que seule la mort de la personne dont on doit hériter permet d’entrer en possession de ses biens. 

Mais, même à vues humaines, cette idée n’est pas toujours exacte. Il existe des formules intermédiaires, telles que les donations que l’on peut faire de son vivant. Cette pratique est très ancienne, rappelons-nous la parabole de l’Enfant prodigue : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient » (Luc 15, 12). 

Pour ce qui est de la planète Terre et de tout ce qui la fait vivre, nous devons également nous souvenir de cette affirmation si vraie, attribuée à bien des auteurs mais due semble-t-il à l’écrivain américain Wendell Berry : « Ce monde ne nous est pas donné en héritage par nos pères, c’est nous qui l’empruntons à nos enfants. » 

Il ne faut pas non plus oublier l’importance des héritages immatériels : langues maternelles, cultures et coutumes, éducation, pratiques artistiques, vertus, exemples à suivre, savoir-vivre et savoir-faire, toutes ces valeurs d’autant mieux transmises quand elles le sont de vivant à vivant, et qu’elles le sont de façon réciproque. 

Et nous savons bien que le plus bel héritage qu’on puisse recevoir quand cela est possible, c’est celui de la foi ; certes, il arrive que certains héritages soient trop lourds à porter, mais quel dommage quand cet héritage-là est de ceux que l’on refuse… 

Dans la tradition biblique, la notion d’héritage est bien présente, et elle est proche de l’acte même de la Création, et du Royaume de Dieu qui en est le but. C’est Dieu notre Père, l’éternel Vivant, qui veut nous donner « la Terre en héritage » (Matthieu 5, 5), faire de nous ses héritiers, « héritiers avec le Christ » (Romains 8, 17). 

La Terre Promise n’était-elle pas déjà pour le Peuple d’Israël un merveilleux héritage à découvrir et à aménager, avec Jérusalem et son Temple comme Maison commune à respecter, lieu de rencontre, de rassemblement et de prière, d’écoute de la Parole du vrai Dieu et de célébration de son culte ? 

L’Église, Corps du Christ, n’est-elle pas bien plus encore ? Car nous sommes nous-mêmes la « Maison que Dieu construit » (1 Corinthiens 3, 9). 

Qu’on ne se fie pas aux apparences : il est illusoire de vouloir son propre bien sans vouloir en même temps celui des autres. C’est pourquoi, devant les dangers qui menacent la planète Terre et ses habitants, comme devant les dangers qui menacent notre Église, sauve-qui-peut et chacun-pour-soi sont non seulement immoraux mais encore totalement illusoires…  

Père Bertrand Bousquet, vicaire

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