Edito

Dimanche 29 septembre 2019 – 26ème dimanche du temps ordinaire (C)

Notre Père qui es aux cieux

Avec le projet de loi de bioéthique, nous sommes à la veille d’un bouleversement anthropologique majeur. Sans doute est-il déjà largement en cours, mais son inscription dans la loi précipitera ses effets. On parle d’effacer la figure paternelle, mais la figure maternelle n’en sera pas moins affectée : l’accouchement ne déterminera plus la mère, mais l’intention ou la déclaration de volonté prévaudra. Au creuset de ces transformations, l’enfant ne peut être que doublement touché : sans doute continuera-t-il d’être désiré, voulu, mais pas pour lui-même au point qu’il ne faudra peut-être plus l’appeler l’enfant, c’est-à-dire celui qui est enfanté, mais le produit, façonné à sa guise, à son usage.

Faut-il baisser les bras ? Accepter le glissement inéluctable d’une société dont on nous bassine qu’elle est prête, parce que nous en faisons partie ? Certainement pas. D’abord parce que tout n’est pas joué et quand bien même cela serait, il y aura toujours des hommes et des femmes pour lesquels un enfant est issu d’un père et d’une mère, pour lesquels un enfant est un don plutôt qu’un droit. Mais surtout nous ne pouvons pas nous résoudre du fait de notre foi. La raison peut être obscurcie, nous ne le savons que trop pour nous-mêmes, participant de cette séduction du progrès technique et cédant parfois aussi à la tentation de nous croire tout puissants. Mais la foi est là pour éclairer la raison, pour la sauver. C’est elle qui nous commande de défendre une certaine idée de l’homme et de la femme, créés ensemble bien que différents à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est elle qui voit dans l’enfant non seulement le signe de la puissance de la vie qui vient de Dieu, mais déjà la promesse que la mort ne peut achever cette vie, que la vie est plus puissante qu’elle.

Il s’agit donc de parler, de rendre raison de la foi qui nous habite, de débattre même si nous ne sommes pas écoutés. Mais il s’agit aussi de prier. La prière du Notre-Père me semble particulièrement indiquée pour faire grandir en nous la conscience filiale, conscience d’une vie et d’une liberté reçues pour être transmises, la conscience d’une paternité qui ne peut disparaître parce que si l’humanité en perdait la mémoire, les cieux et la terre se presseraient pour témoigner qu’elle est sainte, à l’épreuve de nos péchés, qu’elle est toute miséricorde.

Père Michel Gueguen, curé