Edito

Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ?

Dimanche 23 février 2020 – 7ème semaine du temps ordinaire (A)

 Prenons au sérieux cette question de Jésus. Nous voilà aussitôt devant une autre interrogation : « au fait, qui est-ce que je salue ? ». On peut en effet disserter longuement sur l’amour sans condition auquel Jésus nous invite, se demander si on serait prêt à tendre l’autre joue ou à pardonner à celui qui nous aurait fait telle offense… tout cela est très théorique. Commençons par répondre à cette question toute simple : « à qui ai-je adressé la parole aujourd’hui ? Qui ai-je salué ? ». Parmi les personnes croisées, qui a été l’objet de mon regard, de mon bonjour et de mon sourire ? Et qui n’a pas mérité mon attention ? 

Les raisons de ne pas saluer sont si nombreuses : enfermement dans mes pensées et mes soucis, planning imperméable à l’imprévu, jugement express défavorable, peur de déranger, d’être impoli, peur de passer pour « le ravi de la crèche », peur de la suite de la conversation… ou de l’absence de réponse, peur de la relation qui peut naître. Car saluer, c’est prendre un risque. Présenter mon visage et adresser la parole, c’est offrir à l’autre une ouverture. Qu’en fera-t-il ? Saluer, c’est finalement le plus simple des actes de reconnaissance. Le plus petit des actes d’amour. Le premier pas de la relation. 

Mais voyons, on ne peut pas saluer tout le monde ! 

Bien sûr, mais cette objection est un prétexte trop facile pour ne pas risquer une sortie hors de moi-même. Alors accueillons d’abord ceux que Dieu met sur notre chemin : dans notre immeuble, notre travail, notre rue… ou notre paroisse ! Un dimanche, tandis que je saluais les paroissiens à la sortie de la messe, une jeune femme de la paroisse qui avait perdu son papa pendant la semaine était là, devant l’église, pleurant en silence. Les gens sortaient de la messe, la contournant habilement à gauche et à droite, pour saluer leurs connaissances ou rentrer chez eux au plus vite. Certainement les objections intérieures ont dû jaillir dans les coeurs de ceux qui avaient des yeux pour la voir : peur de déranger, d’être en retard à l’apéritif dominical, peur de ne pas savoir quoi dire, peur de la souffrance… Un simple sourire et « Bonjour Madame, ça ne va pas ? » aurait suffi pour commencer. Même mal assuré, comme un acte de foi. 

Et si les chrétiens ne saluent pas leurs propres frères… quel témoignage donnent-ils aux païens ?  

Père Augustin Bourgue, vicaire