Edito

Dimanche 3 novembre 2019 – 31ème dimanche du temps ordinaire (C)

Surprise !

En embuscade dans son sycomore, Zachée attend Jésus « qui devait passer par là ». Or – surprise ! – Jésus lève les yeux vers le collecteur d’impôts et l’interpelle pour s’inviter chez lui. Zachée se découvre connu et devancé dans son propre désir par le Seigneur. C’est un fait, la vie chrétienne est pleine de surprises ! Comment pourrait-il en être autrement, puisqu’elle est une relation avec le Vivant, avec celui qui est pleinement libre et qui ne cesse d’œuvrer ? Ses appels nous étonnent (moi, Seigneur ?!), ses chemins défient notre rationalité (le Fils de l’Homme doit être livré, mourir et ressusciter…) et sa logique, celle de la charité, ne cesse de nous dérouter. En un mot, la vie de foi est une véritable aventure, et même la plus grande que l’on puisse vivre. Or elle donne parfois l’impression – y compris aux chrétiens – d’une gentille routine, d’une vie propre et rangée, en tous cas sans risques ni surprises. Comment une telle perception de la vie chrétienne est-elle possible ?

Trois raisons peuvent expliquer cette « calcification » du baptême. Nous pouvons d’abord cesser de désirer la rencontre. Zachée est mu par un grand désir de voir Jésus, même au prix de quelques acrobaties indignes de son rang. Il aurait pu s’en tenir à la rumeur. A ce qu’il sait déjà. Et c’est ce qui peut nous arriver : nous croyons connaître le Christ. L’image que nous nous en faisons nous suffit et nous ne cherchons plus son visage. Une variante subtile : nous avons vécu une expérience spirituelle forte et nous voulons la revivre. Nous ne cherchons plus la rencontre mais cette expérience, alors que le Seigneur, qui veut toujours nous faire avancer, nous attend ailleurs. Une deuxième raison est le manque de foi. Croyons-nous que Dieu est le Vivant et qu’il nous parle dans sa Parole, dans nos rencontres quotidiennes, qu’il agit en nous pendant l’oraison et dans les sacrements ? Si nous venons à la prière ou à la messe sans espérer fermement l’action divine, sans croire qu’il nous donnera aujourd’hui ce dont nous avons besoin, nous manquerons la rencontre. Enfin, nous pouvons vivre une forme d’autocensure : nous pensons certaines choses impossibles de notre part et certains appels impossibles de la part de Dieu. Nous posons nous-même un cadre duquel notre vie de foi ne doit pas dépasser… et dont elle ne dépasse effectivement pas, ce qui est bien triste. L’antidote : faire une folie pour le Seigneur ! Il s’agit de lui ouvrir la porte : par une journée de retraite ou de silence, un pèlerinage (même sur une journée), une veillée ou une nuit (soyons fous !) de prière, par la participation à une évangélisation de rue (un vrai acte de foi !), en proposant à un ami de prier avec lui ou en invitant un pauvre. Bref, de laisser l’amour nous saisir. Cette ouverture est un appel d’air pour l’Esprit Saint, et alors : surprise !

Père Augustin Bourgue, vicaire